Journée d'étude Re-former le "supermarché"
L’émergence de supermarchés coopératifs ces dernières années apparaît comme le signe d’une remise en question des modèles dominants de la grande distribution et d’un « fournir sans fin ». Souvent laissé à la charge des ingénieurs, l’allure des espaces d’approvisionnement n’aura été que peu traitée par les architectes et les designers. Or, la modification du fonctionnement appelle une mise en forme particulière de ces espaces, mise en forme qui participerait d’un rapport à la consommation plus raisonné.
Selon les points de vues de plusieurs intervenants appartenant à des disciplines et des cultures différentes, cette journée d’études se donne comme ambition de parvenir à une meilleure compréhension de ce qui se joue dans les mouvements coopératifs et de la manière dont se structurent ces lieux de commerce, afin de formuler les tâches qui reviendraient plus spécifiquement au design pour « re-former le supermarché ».
Journée co-organisée par le Master Design Transdisciplinaire Cultures et Territoires de l’Université Toulouse — Jean Jaurès et le studio Design et Environnement de l’institut supérieur des arts de Toulouse.
Appel à contribution
Au fil du XXe siècle, le supermarché, emblème du commerce mondialisé, figure centrale de la grande distribution, élément majeur et final de la chaîne de production, est devenu le lieu où se centralisent des marchandises en provenance de zones géographiques plus ou moins éloignées. Il possède une incidence forte sur les modes de consommation - notamment alimentaire - sur les modes de production en particulier agricoles et industriels, sur les conditions de travail (et de vie) des « employés » de la grande distribution et de ses systèmes adjacents et enfin sur le paysage, à travers l’agriculture intensive et les infrastructures de transport. Le supermarché comme modèle d’un “fournir sans fin” nécessite d’être ré-interrogé au vu des problématiques multiples que sa seule présence soulève.
A rebours du modèle dominant, diffuses et disséminées, de nombreuses initiatives de source individuelle aussi bien que collective voient le jour, à l’échelle nationale et internationale, pour proposer des alternatives aux principes de distribution incarnés par le supermarché (Amap, supermarchés coopératifs et participatifs, etc.). Leurs ambitions sont diverses et touchent des enjeux d’ordre social, économique et politique.
Il y a d’une part la volonté de prendre part à l’organisation d’un besoin humain (se nourrir, se fournir en biens divers, etc.), tout en retrouvant une puissance d’agir, en contrôlant l’origine et la qualité des biens, en développant une consommation raisonnée. Parmi les objectifs, ne plus laisser à quelques grands groupes le soin de décider de l’organisation générale de la distribution des aliments et autres fournitures et de ses modalités. Ainsi de la conception générale des espaces de vente, de la programmation des attitudes de consommation, de l’organisation des politiques d’achats auprès des producteurs, de la gestion Re-former les “supermarchés” Journée d’étude _ 16 novembre 2018 Université de Toulouse Jean Jaurès Appel à contribution du travail et des principes de rémunération des employés, du choix de l’origine et de la qualité des marchandises. Il s’agit donc de réaliser le passage d’une économie de la division et de la spéculation à une économie de la coopération entre producteurs et consommateurs; d’un modèle dans lequel les acteurs sont spécialisés à un modèle où le savoir et les tâches sont partagés.
Si des scénarios de projets se multiplient (Coeur Paysan, La Louve, etc), ils peinent à trouver une mise en œuvre ( des fonctionnalités, des appareillages, des scénarios, une esthétique) qui ferait fi des grands principes connus et « efficaces » de la grande distribution et relevant du paradigme consumériste. Une approche analytique doit pouvoir constituer la matière à penser du projet. Cela nécessiterait de questionner un ensemble de problèmes, à savoir la structuration des espaces de ventes, les attitudes et les statuts de ceux qui animent les lieux, la logique de gestion et d’existence des stocks, la communication des informations liées aux produits, la transmission des connaissances spécifiques aux métiers en lien avec l’activité de distribution, les comportements d’achats, la promotion des activités économiques, etc.
Mais cette journée d’étude se donne d’abord comme ambition de parvenir à une meilleure compréhension de ce qui se joue dans les mouvements coopératifs et d’étudier la manière dont se sont structurés les lieux de commerce au fil du temps, au travers d’approches philosophique, sociologique, économique et historique. Au fil des exposés et des moments de discussion qui suivront, il s’agira ensuite de circonscrire la tâche qui reviendrait plus spécifiquement au design.
L’une des tâches principales touche à la question de la structuration et de l’allure de ces « autres » espaces de fourniture et des outils de gestion. Ces points n’auront été que peu traités par les architectes et les designers, leur aspect étant laissé, la plupart du temps, à la charge des ingénieurs qui s’assurent de l’optimisation économique de chaque mètre carré et de chaque seconde du supermarché. Quel serait un espace propice au développement de conduites d’approvisionnement là où les supermarchés classiques sont configurés pour susciter des comportements d’achat. Comment le design peut participer à donner formes à ces autres espaces d’approvisionnement ? Un des enjeux de la journée d’étude sera d’orienter et d’alimenter le travail des étudiants du master DTCT et de l’IsdaT durant la semaine de workshop faisant suite à cette journée.
Au cours des années 2018-2019, le projet autour du supermarché se déploie
sur deux temporalités :
Il s’est inscrit, d’une part, dans un atelier de recherche et d’expérimentation (séance hebdomadaire), associant des enseignants et des étudiants de l’option design (studio design et environnement) et de l’option design graphique. Les étudiants développent des pistes de recherche et des scénarios de projet, pour un design civique qui travaillerait à la visibilité, la transmission d’information et de savoir dans le contexte d’un supermarché coopératif.
D’autre part, ce projet fait l’objet d’un partenariat avec le master DTCT
de l’Université Jean Jaurès. Il est ponctué de différents étapes :
- Journées d’étude à l’Université Jean Jaurès : Vendredi 23 novembre 2018 –avec Isabelle Bonnard (architecte DPLG), Fabienne Desnoual (chercheuse en design) J-P. Grunfeld (sémiologue urbain), Pierre-Damien Huyghe (philosophe) et Jacques Prades (économiste).
- Workshop animé par Charlotte Talbot (designer) du 26 au 30 novembre 2018. L’axe de travail sera ici de penser des propositions de principes et de systèmes déclinables, adaptables et appropriables par les futurs utilisateurs du supermarché.
- Restitution du travail devant les membres du supermarché coopératif de la Chouette Coop (voir annexe)