Espaces et discours de la marchandise. Esthétiques des lieux de l'échange : du troc au numérique

Intervention de Jean-Pierre Grunfeld lors de la journée d'étude "Re-former le supermarché", le 15 novembre 2018 à l'isdaT.

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Présentation de la conférence

Au long de l’histoire de l’humanité les formes de la valeur d’échange et de ses articulations avec la valeur d’usage se transforment sans cesse. Les révolutions techniques sont toutes porteuses de nouveaux rapports entre les êtres et les choses. Cependant, chaque changement, même le plus profond, chaque bouleversement, même le plus radical, laisse la configuration qu’il remplace se perpétuer. Les signes ont la vie dure.

Les biorythmes qui dictent l’évolution des outils d’expression (le soft) et ceux qui conditionnent les métamorphoses des marchandises (le hard) ne sont pas synchrones. Les signes s’adaptent et perdurent. Ils “changent pour que rien ne change”, leur évolution procède par strates et palimpsestes.
Nous savons aujourd’hui qu’aucune invention technique n’annule la précédente. Simplement, elle répartit autrement les tâches pratiques et symboliques. Les dernières tendances à la dématérialisation, à l’abstraction des rapports au fond des écrans glacés, confirment et amplifient ces processus.
Quand on fait commerce de toutes choses et de tous rapports humains en faisant disparaître quatre sens sur cinq, le rappel du corps se fait entendre. Retour aux vertus jamais complètement disparues des espaces et des dialogues très concrets où tous nos sens interviennent sans être formatés.
Ici, le design (“les designs”) joue un rôle singulier de conservation (du signifié) et d’innovation (du signifiant).

Jean-Pierre Grunfeld est designer et sémiologue.